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Carolle Roy

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La profession de concepteur pédagogique

La conception pédagogique
La technologie éducative
Les responsabilités du concepteur pédagogique
L’enseignement avec les TIC vs l’enseignement à distance
Le contexte d’élaboration

 

La conception pédagogique

La conception pédagogique existe depuis déjà de nombreuses années, mais nous retrouvons peu d’écrits signés par un auteur en tant que concepteur pédagogique (CP). On retrouve peu de trace de cette profession et ses racines semblent très diffuses. Mais il est inutile de faire l’histoire du concepteur pédagogique pour comprendre que cette occupation est encore peu répandue et surtout très peu connue. Dans tous les milieux, universitaires, éducatifs, administratifs, etc., lorsqu’une personne se présente en tant que concepteur pédagogique, les yeux s’arrondissent, les sourcils se lèvent et une interrogation se lit sur les visages. L’interlocuteur essaiera alors de relier les deux termes « concepteur » et « pédagogie » (« instructional » et « designer » en anglais), mais cette relation semble difficile à faire pour plusieurs. Dans les dictionnaires et encyclopédies en ligne, seule Wikipédia affiche une page sur « Instructional designer », alors que la partie française de ce texte parle de « concepteur-organisateur en formation » dans la section « autre profession » de la page Ingénierie pédagogique. Cette formation se réfère au Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois de l’Agence nationale pour l'emploi (ANPE) (ROME, no 22215).

Selon le Petit Robert (2006), le concepteur serait une « personne chargée de trouver des idées nouvelles (publicité, mise en scène, etc.) » (p. 356). Ce mot, consigné en 1961, reste ambigu même si on le compose avec pédagogie. Le Robert (2006) définit « pédagogie » comme la « science de l’éducation des enfants, et par ext. de la formation intellectuelle de l’adulte » (p. 1881). Le titre utilisé par le ROME, concepteur-orienteur de formation, semble donc le plus juste. Mais il n’est pas employé en Amérique du Nord. Du côté anglophone, la situation n’est guère plus claire. On ne rencontre plusieurs titres, dont principalement instructional designer, mais il est tout aussi inconnu dans le milieu général de l’éducation ou ailleurs et les fonctions qui y sont rattachées varient d’un établissement à l’autre. L’histoire se corse lorsqu’on s’aperçoit que le rôle du concepteur est aujourd’hui étroitement lié à l’ingénierie pédagogique. Dans les sources Web comme Wikipédia et Formastore ou les publications spécialisées plus récentes (Paquette(1) 2002, Béguinet), on parle donc d’ingénieur pédagogique.

La notion d’ingénierie pédagogique est de facture relativement récente. Paquette nous en précise le sens :

« Par “ingénierie pédagogique” ou “ingénierie de la formation”, nous désignons l’ensemble des principes, des procédures et des tâches qui permettent de définir le contenu d’une formation au moyen d’une identification structurelle des connaissances et des compétences visées, de réaliser une scénarisation pédagogique des activités d’un cours définissant le contexte d’utilisation et la structure des matériels d’apprentissage et, enfin, de définir les infrastructures, les ressources et les services nécessaires à la diffusion des cours et au maintien de leur qualité.

Par cette approche globale, nous cherchons à contrer le transfert automatique des comportements appris dans la formation en classe, laquelle se limite très souvent à l’assemblage d’éléments de contenu sur un matériel de présentation. (…) pour utiliser pleinement le potentiel des nouvelles technologies de formation (NTF), il faut tenir compte du très grand éventail des possibilités, non seulement sur le plan des stratégies pédagogiques et des médias, mais aussi dans le choix des ressources de communication et des modèles de diffusion ». (Paquette (1), 2002, p. 7)

Enfin, Paquette précise :

« En téléapprentissage, l’ingénierie pédagogique est une activité incontournable, car le contexte de la formation et de l’utilisation des matériels doit être soigneusement défini. Il faut éviter que des centaines de milliers de dollars ne soient investis dans un didacticiel multimédia qui restera sur les tablettes (parce qu’) il n’est pas adapté au contexte organisationnel, que les infrastructures technologiques ou organisationnelles le supportent mal ou que le modèle d’implantation n’a pas été planifié. » (Paquette (1), 2002, p. 8)

Les projets d’élaboration de cours en ligne d’aujourd’hui requièrent donc une organisation bien définie et un large éventail de ressources. En effet, répondre adéquatement aux exigences des nouvelles approches pédagogiques dans le contexte d’un projet d’environnement d’apprentissage informatisé ne peut se faire sans des connaissances précises de la part de tous les acteurs, ni sans l’intégration de plusieurs domaines de compétences. L’élaboration d’environnements d’apprentissage ne peut se faire par une seule personne. Ce genre de projet fait nécessairement appel à un ensemble plus ou moins grand d’acteurs. Selon la nature du projet, on y retrouvera un technicien multimédia, un expert de contenu, un recherchiste, un graphiste, un photographe, un rédacteur, un réviseur, un programmeur, un concepteur, un bibliothécaire de références, etc. Chacun des acteurs impliqués dans un projet aura une tâche et des responsabilités définies en fonction de la méthode d’ingénierie utilisée.

Le rôle du concepteur pédagogique s’insère donc dans une structure complexe et précise. Son travail ne s’apparente pas à une intervention improvisée ou secondaire, au contraire, puisque son travail consiste à :

« …[choisir] les moyens de répondre aux besoins, dans un coût
raisonnable. À partir d’objectifs d’apprentissage clairement définis, le travail consiste à regrouper dans un système cohérent des stratégies pédagogiques, des activitésd’apprentissage, des moyens de formation et d’évaluation. Le designer scénarise le parcoursde l’apprenant, aménage les contenus, sélectionne les médias. Il propose à l’usager (au client) un environnement si possible efficace, pertinent, cohérent et novateur. Le designer s’assure que la structure du contenu est cohérente, que le message est “livrable” pédagogiquement. Compte tenu de l’augmentation des besoins, de la grande variété des contenus liée àl’augmentation exponentielle des connaissances dans tous les domaines, compte tenu de l’absolue nécessité de rechercher l’efficacité, compte tenu de l’évolution des moyens technologiques, le design pédagogique, c'est-à-dire la phase de mise au point d’un environnement pédagogique adéquat, détermine fondamentalement la valeur potentielle du système d’apprentissage. » (Béguinet, sans date, p. 3)

Dans les grandes lignes, le rôle et les responsabilités du concepteur seront définis de façon assez semblable d’un auteur à l’autre. Ainsi, on souligne toujours la prépondérance de son intervention dans l’aspect pédagogique des environnements, dans la médiatisation et dans l’évaluation des environnements.

« Le concepteur (et/ou responsable pédagogique) est responsable du contenu du cours, de l’enseignement qui sera diffusé dans le module. […] C’est un spécialiste de la pédagogie. Il définit les scénarios d’apprentissage pour chaque séquence et réfléchit à la pertinence des ressources utilisées. Si le contenu impose des ressources multimédias, il les prévoit, les conceptualise, les recense et produit un scénario technique qu’il fournit à l’équipe de développement. » (Prat, 2008, p. 56)

À l'USB, l’élaboration de cours en ligne utilise une adaptation de la méthode MISA. Cette méthode définit le rôle du concepteur pédagogique comme suit :

« Construire, adapter et maintenir un système d’apprentissage. « Analyser des besoins de formation. Modéliser des connaissances à des fins pédagogiques. Construire des scénarios pédagogiques. Rédiger les devis de systèmes d’apprentissage. Simuler et valider un devis. Concevoir des matériels pédagogiques. Mettre à l’essai un événement d’apprentissage. Concevoir un plan de réalisation du système. Décrire des processus de diffusion du SA. Concevoir la mise en place du système d’apprentissage. » (Paquette (1), 2002, p. 77)

Pour assumer l’ensemble des tâches qui lui sont assignées, le concepteur doit donc avoir une formation adéquate et spécialisée. Béguinet rapporte que :

« Selon Schiffmann (1991), le designer doit idéalement posséder un ensemble de savoirs et d’habiletés dans les domaines suivants :

  1. Les théories et la recherche en éducation (psychologie de l’apprentissage, théories spécifiques de l’apprentissage, variété des types de connaissances humaines, analyse de la tâche des apprenants, évaluation des apprentissages, sélection des médias, évaluation des produits…) » (Béguinet, sans date, p. 4)

En plus de connaître à fond la méthode de design utilisée (TEC 6312), le concepteur doit avoir des connaissances poussées sur les approches pédagogiques et leurs conséquences sur le design pédagogique (TEC 6205, TEC 6312, EDU 6200), sur les stratégies d’apprentissage(EDU 6200), sur le processus mental d’acquisition des connaissances(EDU 6200) (et plus précisément sur les principales caractéristiques de l’apprenant) et sur le rôle de l’enseignant et de l’apprenant en formation en ligne (EDU 6200, TEC 6200). Une partie importante du travail du concepteur est évidemment d’effectuer le choix média en fonction de tous les éléments qui jouent d’une façon ou de l’autre dans un environnement d’enseignement en ligne (TEC 6205, TEC 6385, TEC 6370). L’intervention du concepteur pédagogique ne s’arrête pas à l’élaboration du design. Il doit aussi prévoir un ou des guides d’intervention pour l’offre de cours et assurer un appui direct au formateur lors de l’offre de cours, en plus d’assurer la gestion du projet d’élaboration (TEC 6375). Ses connaissances doivent être très variées et très poussées dans chaque domaine d’intervention pour qu’il soit à même de jouer son rôle de façon efficace et professionnelle. En effet, de plus en plus, les offres d’emplois des universités américaines indiquent également comme exigence d’avoir des connaissances suffisantes en programmation HTML, XML, CSS, PHP, de connaître les outils d’élaboration multimédias comme Flash, PDF Professionnel (fonctions avancées), les fonctions de bases de logiciels de traitement de l’image comme Photoshop, de posséder des notions poussées en élaboration de site Web (architecture, navigation et ergonomie) et d’avoir de bonnes notions en enregistrement audio (voir le site http://www.higheredjobs.com/).

La conception pédagogique est encore bien peu connue. Pourtant, ce type d’intervention devient de plus en plus spécialisé et tant la documentation spécialisée que notre expérience personnelle démontrent clairement qu’on ne s’improvise pas concepteur pédagogique. Les connaissances que doit avoir le concepteur pédagogique dépassent largement l’aspect strictement pédagogique et englobent toute une série de notions spécialisées allant de l’effet des médias aux habiletés cognitives, en passant par une grande capacité d’analyse de contenu et de rédaction de textes pédagogiques, comme nous le verrons plus en détail dans ce travail.

 

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