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Carolle Roy

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Le design pédagogique - Conception d'un cours en ligne

La relation concepteur pédagogique/expert de contenu
        Collaboration professionnelle et relation himaine
Enquête
Analyse
        Les tâches et les responsabilités selon la MISA
        Les étapes du processus d'élaboration
        La collaboration CP/EC
        Les approches pédagogiques
Conclusion

La relation concepteur pédagogique/expert de contenu

Collaboration professionnelle et relation himaine

Rappelons que la conception de cours par Internet ou utilisant des technologies ne se fait pas en vase clos. Elle requiert la contribution de plusieurs personnes, habituellement des spécialistes provenant de divers domaines. Il est possible qu’une personne puisse assurer deux rôles, selon l’ampleur du projet, le degré de complexité des composantes technologiques et les compétences qu’elle aura accumulées. Souvent, les contenus de cours offerts en classe appuyés ou diffusés par le Web sont publiés en cours de session. Dans ce type de cours, le professeur fait office d’expert de contenu, de concepteur pédagogique et de médiatisateur. Le contexte des cours offerts entièrement en ligne est différent et tous ses éléments sont conçus et réalisés avant l’offre de cours. Ces projets demandent une longue préparation, afin de s’assurer d’un contrôle de la qualité à tous les niveaux, tant pédagogique que technique. Pour ces projets, une équipe de travail regroupera plusieurs spécialistes assureront différents types de production.

Si tous les aspects de l’élaboration d’un cours en ligne sont importants et que ses artisans ont tous un rôle particulier à y jouer, deux de ces rôles se démarquent au sein de cette équipe. En effet, le concepteur pédagogique et l’expert de contenu fournissent en quelque sorte la matière première du projet et leur travail sera déterminant pour tout le reste de la production. Entre ces deux acteurs, une relation doit s’établir. Cette relation sera professionnelle, mais aussi humaine, évidemment. Peu importe le contexte, on ne doit pas perdre de vue que ce sont des individus à part entière qui interagissent avec tout ce que cela implique pour chacune des parties.

Lors d’une conception pédagogique, le CP et l’EC entreprendront un travail commun qui s’étendra sur plusieurs mois. Il s’agit donc d’une relation qui demandera beaucoup de temps et donnera lieu à une série d’émotions indissociables à tout contact humain, mais dont les sources ne seront pas toujours reliées au contexte de travail. Le terrain où se rencontrent ces deux acteurs est non seulement déterminant, mais constitue souvent une zone de malaise à plusieurs niveaux. Malgré la place centrale qu’occupe cette relation dans l’élaboration de cours, peu de source scientifique qui traite de ce sujet directement ou en parallèle. Pourtant, mes expériences professionnelles, ainsi que beaucoup de conversations informelles avec des concepteurs pédagogiques d’autres établissements me permettent de suggérer que cette relation n’est pas toujours sereine et nécessiterait d’être beaucoup mieux comprise de part et d’autre. Une relation humaine implique des émotions de différentes sortes et une relation professionnelle nécessite une série d’actes et de responsabilités prescrites. Comment ces deux volets se rencontrent-ils dans une relation CP/EC?

Comme toute relation humaine, la collaboration CP/EC peut parfois mener à des interactions vigoureuses et empreintes d’une vision divergente dû à une position différente dans la tâche à accomplir. Il s’agit d’une relation humaine où l’émotion est présente et où des incompatibilités de caractères peuvent se présenter.

« “You’ve changed the entire meaning and intent of my course!” I blurted out the words and then regreted it as Kendra, the instructional designer looked at me in shock. It was now my turn to experience what some of my friends and colleagues described as “ID hijacking.” (…)
“Here’s our timeline. This has to be out by the tenth of the month. Dean Pantagruel is really firm on that. I’m just doing my job and following Best Practices,” said Kendra. » (Smith Nash, 2003)

 

Les messages du blog de Smith Nash nous donnent un aperçu d’une situation qui, je crois, est connue de tous les CP. La frustration exprimée ici par l’EC soulève plusieurs questions : Est-ce que la nature des deux interventions était bien connue et surtout bien comprise de part et d’autre? L’EC se sent frustré et considère que son travail a été défait, qu’en est-il du concepteur qui voit le sien complètement rejeté? Est-ce qu’un des acteurs devrait avoir autorité sur l’autre? Si oui, quel serait alors le besoin d’avoir recours à deux spécialistes? Pourquoi ne pas utiliser un seul acteur? Quel est le champ d’intervention exclusif du CP et pourquoi?  Quel est le champ d’intervention exclusif de l‘EC et pourquoi?

La tâche de concepteur pédagogique est plutôt récente et encore méconnue d’une bonne partie de ceux qui travaillent dans le domaine de l’enseignement. Mais on peut en dire autant du rôle de l’EC. En effet, les sources de référence sont très avares de descriptions pour cette tâche et sont toujours très vagues. Paquette indique que : « dans la pratique de la plupart des universités campus, le professeur assume surtout des rôles de présentateur en tant que spécialiste de contenu (…) » (Paquette (1), 2001, p. 78), et il précise que le rôle principal du présentateur est de « rendre disponibles les informations pour l’apprentissage » (Paquette (1), 2001, p. 77), alors que selon Pratt (2008), l’équipe de projet e-learning comprend « un auteur, expert en contenu, chargé d’écrire le contenu du cours ». (Pratt, 2008, p. 42)

De façon générale, on aura tendance à confondre le rôle de « professeur » à celui d’EC. Cette erreur est bien compréhensible et presque inévitable, d’autant plus que les administrateurs eux-mêmes (les personnes qui établissent ces relations professionnelles) ne font pas davantage la différence entre les deux de façon claire et précise. On dira seulement, par exemple, que « l’EC est responsable du contenu ». Souvent, on confond le CP avec un assistant de professeur ou avec un assistant technique. Mais les titres « concepteur pédagogique » et « expert de contenu » ne sont pas seulement une autre façon de dire « technicien » ou « professeur ».

Le rôle d’expert de contenu peut être tenu par une autre personne qu’un enseignant. Mais lorsqu’il est attribué à un professeur, celui-ci doit embrasser un nouveau rôle, avec des responsabilités différentes et des limites nouvelles. Il n’est plus l’artisan unique, ayant un contrôle absolu du cours. Il doit partager les responsabilités avec plusieurs et admettre être qu’un élément de l’équipe de production. Comment agir, quoi faire? Le professeur doit alors apprendre à travailler avec d’autres personnes pour une tâche qu’il a toujours accomplie seul et qu’il définit comme étant « son » travail. De plus, dans ce nouveau contexte, il ne peut se fier à ses acquis des cours en classe. Tout doit être conçu en fonction des médias électroniques dont il ne connaît pas nécessairement les règles ni les effets.

Représentation des champs d’intervention de quelques membres d’une équipe de réalisation de cours en ligne
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De son côté, le concepteur doit assumer la responsabilité de l’aspect pédagogique et s’assurer que le cours offrira un apprentissage adéquat compte tenu du contexte de l’enseignement en ligne. Il possède des connaissances en pédagogie, en technologie, en gestion de projets technologiques, il se renseigne sur les nouveaux outils disponibles et étudie leurs effets et, mariant l’ensemble de ces connaissances, il orienter le travail de façon à optimiser le système d’apprentissage. Comme l’EC, c’est un apport original qu’il est chargé de fournir.

Le terrain de rencontre des deux intervenants reste pourtant marécageux, souvent trouble. Beaucoup d’inconnues y figurent. Sans prétendre pouvoir éclairer complètement cette situation, j’ai tenté de cerner un peu les aspects qui entrent en jeu dans cette relation, afin de dégager quelques pistes de réflexion qui pourraient mener vers une meilleure compréhension de cette relation et ainsi permettre une meilleure collaboration entre les deux acteurs. Bien que la plupart des conceptions pédagogiques se déroulent dans un climat harmonieux, il est pertinent de se demander si des malaises ne viennent pas meubler l’existence de l’un et de l’autre (car l’aspect humain joue pour les deux parties), afin de les comprendre et de tenter de les éliminer ou de les atténuer.

 

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