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Carolle Roy

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Le design pédagogique - Conception d'un cours en ligne

La relation concepteur pédagogique/expert de contenu
        Collaboration professionnelle et relation himaine
Enquête
Analyse
        Les tâches et les responsabilités selon la MISA
        Les étapes du processus d'élaboration
        La collaboration CP/EC
        Les approches pédagogiques
Conclusion

La relation concepteur pédagogique/expert de contenu

Conclusion

Sommaire des observations

Parmi les répondants, on remarque que deux se démarquent à presque toutes les questions. Les R3 et R6 ont, dans une grande proportion de leurs réponses, des choix étonnants ou divergents ou incohérents. Le trop petit nombre de répondants et la limite de l’outil utilisé ne nous permettent pas d’en déduire des observations formelles, mais il nous semblerait hasardeux d’écarter ces réponses trop rapidement. La similitude non des réponses comme telles, mais du type de contradiction qu’on y retrouve permet aussi de se demander s’il y a eu consultation entre ces deux professeurs. Mais, si tel était le cas, cela n’enlèverait ni n’ajouterait en rien au poids de l’ensemble des réponses ni de ces questionnaires en particulier.

Une étude approfondie auprès de ces répondants pourrait aider à cerner et comprendre un peu mieux leurs écarts d’avec les autres répondants. Nous devons nous demander, par exemple, si les questions étaient suffisamment claires, si ces écarts ne veulent pas signaler un malaise dans la relation EC/CP qu’il est impossible d’indiquer clairement dans ce questionnaire de nature exploratoire et donc à questions générales, si le vocabulaire utilisé est fautif, si leur perception ou leur entendement du rôle de l’EC ou du CP part d’un point de vue difficilement conciliable avec la méthode et les exigences de la médiatisation de cours.

Dans l’ensemble, les aspects qui nous semblent le mieux compris ou connus, malgré quelques ambigüités chez certains répondants, semblent être les tâches reliées à l’orientation du modèle des connaissances et au graphe des connaissances. L’orientation pédagogique du système d’apprentissage et les règles pédagogiques de fonctionnement du SA révèle des perceptions différentes chez les répondants, mais ces réponses nous renseignent plus sur l’impression que sur la tâche pratique. Dans le cadre de mes conceptions, je réalise ces outils en utilisant les façons de travailler préconisée par l’EC ou je les adapte le mieux possible au contexte médiatique du cours et aux principes de conception pédagogique. L’EC peut donc se percevoir comme l’auteur de ces éléments même s’il ne les a pas réalisés lui-même. La même remarque s’applique au réseau du système d’apprentissage (incluant les ÉD 212, 222 et 310), bien qu’ici la prise en charge par le CP soit plus claire, du moins dans mes conceptions, puisque cet élément est construit grâce au logiciel MOTPlus.

Les répondants ne semblent pas avoir acquis de nouvelles connaissances de la méthode ou sur leur rôle entre le moment de débuter un projet et la fin de leur participation, ni entre le début et la fin ce questionnaire, même si on y retrouve la définition de chacune des tâches (ce qui aurait pu leur fournir les renseignements supplémentaires sur chaque tâche). Quel que soit l’angle sous lequel nous abordons la question, à savoir si le répondant était suffisamment renseigné, la majorité considérait être satisfaite à ce niveau que ce soit au moment d’accepter cette tâche (avant le début du processus), au début de la phase de conception ou à la fin du processus d’élaboration.

Les réponses à la série de questions portant sur les approches pédagogiques sont peu éloquentes, si ce n’est pour laisser entendre que plusieurs des EC soit ne connaissent pas bien les approches, soit ne les distinguent pas suffisamment, soit ne connaissent pas les impacts de ces approches sur une conception pédagogique ou encore toutes ces possibilités.

De façon générale, on peut observer que la relation EC/CP est vue comme étant collaborative, rassurante et nécessaire. La majorité considère que le CP l’a guidé et appuyé. Enfin, on retiendra que tous s’entendent sur le fait que la relation CP/EC doit être basée sur la confiance.

 

Discussion et piste d'exploration

La portée des réponses à ce questionnaire, compte tenu de la nature des observations, est limitée et partielle. Nous pouvons tout de même fortement présumer que la majorité des répondants ont apprécié la relation qu’ils ont eue avec le concepteur pédagogique. Toutefois, il est aussi très probable que plusieurs ne pouvaient distinguer certaines étapes du processus et n’en connaissaient pas bien la nature. Nous avons aussi été assez surpris de constater des incohérences importantes dans les réponses portant sur l’aspect pédagogique (les approches), étant donné que quatre des répondants sont rattachés à la Faculté d’éducation (ou à une Faculté d’éducation d’une université extérieure) et qu’un cinquième possède un diplôme de cette faculté.

Dans l’ensemble des réponses, deux répondants ressortent par leurs réponses soit étonnantes, soit contradictoires. Bien que les réponses de la majorité des experts de contenu ne suggèrent pas une situation conflictuelle ou lourdement chargée, les répondants R3 et R6 laissent entendre la présence d’un malaise ou d’une tension qu’il serait certainement important de creuser et de comprendre. Ce mal-être pourrait être isolé et être absent chez l’ensemble des EC, mais pourrait également être représentatif et dévoiler une source de conflit qu’il serait important, pour l’établissement, d’éradiquer sans tarder.

La notion de confiance se dégage tout particulièrement dans cette réflexion sur la relation CP/EC. Désigné comme étant le point de rencontre obligé de cette relation, cet aspect devrait être mieux compris et des outils devraient être développés pour aider au développement d’un climat de confiance. Il apparaît primordial que cette pierre angulaire soit comprise à la lumière des notions développées dans les domaines comme la dynamique des groupes restreints, les théories sur le travail d’équipe, les études sur les relations de service et plus particulièrement à la lumière de la théorie de l’esprit qui relève de la cognition sociale. Il me semblerait important de tenter de déterminer quelles sont les modalités pour son établissement et son maintien. Quels sont les aspects la fragilisent? Comment les contourner? Une conception pédagogique, dans le cadre d’une relation CP/EC sans relation de confiance peut-elle ou doit-elle être imposée? Si oui, à quel prix et à quelle condition?

Enfin, la relation CP/EC aurait intérêt à être analysée dans toutes ses dimensions. En effet, pour un regard complet, il nous faudrait considérer tous les enjeux présents dans cette collaboration de deux experts : la question syndicale, la liberté académique, le prestige du statut du professeur d’université, les fonctions et responsabilités du CP et de l’EC, l’adhésion de chacun à des théories reconnues, mais peut-être contradictoires sous certains angles, le sentiment de contrainte, d’incapacité, de perte de contrôle de part et d’autre, la définition professionnelle de chaque rôle, etc.

Tout au long de ma pratique de conceptrice pédagogique, j’ai ajouté, retranché ou modifié mon style de relation avec les EC, selon ce que j’arrivais à deviner de la personnalité de l’individu qui se tenait devant moi et selon les contextes de travail. Aucune recette ne peut en être dégagée, mais il m’est apparu assez rapidement qu’une trop grande explication sur la méthode d’élaboration vient davantage insécuriser l’EC que le rassurer. Le vocabulaire et le processus de la MISA est complexe et représente un monde en soi, souvent très « universitaire » et hyper spécialisé. Cela n’aide pas à stabiliser le novice et, au contraire, cela lui impose parfois des vertiges inutiles. Je tente donc maintenant, le plus possible, de rendre la méthode le moins visible possible tout en m’y référant constamment. L’élaboration des graphes est particulièrement difficile pour la majorité. Dans certains cas, je réalise donc un premier graphe à partir duquel le travail commun pourra commencer. Dans tous les cas, je prends le temps de me renseigner sur la matière enseignée, afin de bien comprendre les préoccupations de l’EC, de pouvoir apporter des réflexions constructives et de bien saisir la nature de son propos. Mais, s’il est un élément à respecter et à renforcer, c’est de ne pas perdre de vue que l’EC est la principale source de renseignement sur la matière et que c’est de sa compréhension de cette matière que part l’enseignement qui sera présenté dans ce cours. Lorsque l’EC collabore pleinement et accepte de partager sa vision et ses connaissances, seules les contraintes techniques représentent un obstacle pour une élaboration créative, originale et pleinement efficace.

Finalement, bien qu’ils occupent une place stratégique dans l’élaboration de cours en ligne, le CP et l’EC, ne sont que deux des acteurs qui sont impliqués dans ce type de projet. Mais la complexité de l’élaboration de cours en ligne ne réside pas seulement dans le fait qu’elle fait appel à plusieurs intervenants ayant chacun leur vision, leurs exigences professionnelles. La difficulté la plus importante de ce projet réside dans le fait de devoir utiliser des outils technologiques. Tous les efforts de coordination et de distribution des tâches découlent du fait que l’enseignement devra être diffusé exclusivement par des outils technologiques. Toutes les décisions pédagogiques, tous les actes d’enseignement doivent être adaptés pour l’enseignement non avec, mais par les outils technologiques.

Le choix médiatique constitue l’intervention principale du concepteur pédagogique. C’est à ce niveau que son intervention sera la plus significative. Mais il ne s’agit pas d’un travail technique, bien au contraire. Le CP n’est pas un technicien. Son intervention est au confluent de la pédagogie et des outils pour l'apprentissage, au-delà des composantes électroniques et à la fois reliée à leurs fonctions. Comme nous le verrons au prochain chapitre, les outils sont, pour le concepteur pédagogique, d’abord et avant tout des moyens de communication dont il doit comprendre les effets, les avantages et les limites afin de réaliser le choix médiatique optimal pour atteindre les objectifs pédagogiques visés par l’environnement d’apprentissage et donner l’occasion aux apprenants d’effectuer un parcours enrichissant leur permettant l’utilisation des stratégies d’apprentissage appropriées à leur démarche d’apprentissage.

 

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